Loading...
Histoire 2018-04-24T04:11:07+00:00
En fin de ce siècle dit « des Lumières »

l’on s’enthousiasmait tout autant pour l’élégance, la conversation, la séduction que pour la philosophie ou les « merveilles de la science »

Étienne et Joseph Montgolfier, entraînant avec eux quelques-uns de leurs 14 frères et sœurs, en furent les dignes enfants par leur culture, leur goût immodéré pour l’action autant que pour la réflexion.
L’histoire prodigieuse de Joseph et Étienne Montgolfier est celle d’inlassables inventeurs qui, portés par leur soif d’expérimentations, réalisèrent avant tous les autres le premier vol humain. Un projet qui, de l’Antiquité grecque à Léonard de Vinci, n’avait cessé de hanter les rêves des plus audacieux. L’aventure « spatiale » des Montgolfier débuta en 1782, au cœur du Vivarais, à Vidalon près de la ville d’Annonay, où la famille Montgolfier dirigeait une importante manufacture. Depuis qu’un de leurs lointains ancêtres avait importé de Damas l’art de fabriquer le papier, les Montgolfier n’eurent de cesse que d’en perfectionner la fabrication, la qualité des textures, la richesse des couleurs, tel ce merveilleux papier bleu de Prusse créé par Joseph. Cependant, cette vie active au milieu de leurs ouvriers, rythmée par les mouvements et les bruits assourdissants des presses, animée par leurs multiples recherches, ne suffisait pas à combler l’insatiable curiosité créatrice d’Étienne et Joseph. Aussi proches que différents, ces deux-là étaient parfaitement complémentaires. Étienne était un savant mondain et charmeur, Joseph un génie-inventeur, Intuitif, modeste et solitaire. Ils partageaient sans réserve la passion des livres, de la science et une foi inébranlable en la nécessité des progrès scientifiques et techniques.
Cette ambition créatrice commune trouva sa réalisation la plus spectaculaire le 14 décembre 1782. À l’heure diaphane d’un petit matin, dans le secret du jardin de la grande maison des Montgolfier, l’on put y voir une étrange construction de papier se gonfler au-dessus d’un feu, puis s’envoler à plus de trente mètres de hauteur. Pour Joseph et Étienne, preuve était faite qu’en créant ainsi un air plus léger que l’air, l’on pouvait défier les lois de la pesanteur.

Mais, en ces temps d’expérimentations frénétiques, utilisant d’autres techniques, de nombreux savants et inventeurs cherchaient à faire de même, approchant également du but. Aussi après quelques essais secrets et prometteurs, les frères Montgolfier, pour ne pas perdre la paternité de leur invention, saisirent l’occasion d’une grande réunion politique à Annonay, le 4 juin 1783, pour procéder en public au premier envol de ballon à air chaud. Celui-ci, qu’on baptisa « montgolfière », étonnait par sa singularité et sa beauté: c’était un immense patchwork composé d’une multitude de morceaux de toiles assemblés par des boutonnières, en grande partie cousues par les femmes Montgolfier. Une véritable entreprise d’artisanat aéronautique familiale ! Le but de l’opération fut atteint. Le ballon s’étant élevé très haut dans les airs, après vingt minutes de vol et un atterrissage à plus de trois kilomètres du point de départ, les personnalités politiques et scientifiques présentes confirmèrent officiellement la paternité de l’exploit: les frères Montgolfier étaient bien à l’origine de ce premier vol réussi. La folie des ballons gagna alors toute la ville et la région d’Annonay, avant de gagner la France entière et de conquérir le monde., Entrepreneurs et savants dans l’âme, quatre mois plus tard, le 11 septembre 1782, soucieux de ne laisser aucun répit à leurs concurrents, invités à Versailles par le Roi, les frères Montgolfier entreprirent de convaincre Louis XVI, Marie-Antoinette, la cour et le peuple de Paris de la nécessité de financer le développement de leur invention. La passion pour les montgolfières étant communicative, on vint par dizaines de milliers assister au lancement de l’aérostat.

Afin de pousser plus loin l’expérience, on installa dans l’engin un coq, un canard et un mouton. Défiant les cieux, l’impressionnant et magnifique ballon bleu, décoré avec les initiales du Roi, s’envola vers le Nord. Quelques minutes plus tard, trois kilomètres plus loin, les premiers voyageurs vivants d’une montgolfière furent récupérés… en pleine forme ! Preuve était faite qu’un être vivant pouvait survivre dans l’espace ! Il ne restait plus aux frères Montgolfier qu’à réaliser l’un des rêves humains les plus fous, le rêve d’Icare : faire voler l’Homme, tel oiseau. Cela fut accompli le 21 novembre 1783. Embarqués dans l’un des ballons des frères Montgolfier, Pilâtres de Rozier et le marquis d’Arlandes partirent du château de la Muette pour arriver à la Butte-aux-Cailles, découvrant, éblouis, Paris vu du ciel. Ils devinrent pour la postérité les premiers êtres humains à voyager dans les airs. Pour le peuple et la foule des aristocrates unis en un même enthousiasme, les frères Montgolfier et les deux pilotes de la montgolfière devinrent en un instant des héros dont on s’arrachait en souvenir la moindre relique. Les Parisiens s’offrirent le soir – même une fête joyeuse et folle, de celles dont Paris a le secret. Le 23 juin 1784, Pilâtres de Rozier  renouvela l’exploit en s’envolant d’une cour du château de Versailles. La montgolfière aux couleurs délicates, ou dominait un bleu azur parsemé de fleurs de lys, fut décorée des armes et des chiffres du Roi et de la Reine. Elle fut baptisée Marie-Antoinette. La Reine, « arbitre des grâces et des élégances », n’avait-elle pas imaginé au Petit Trianon un appartement où, objets, toiles de Jouy, meubles étaient inspirés par la montgolfière ? Dès ce moment-là, les montgolfières représentèrent un formidable espoir scientifique et elles devinrent, dans le même temps, une mode, une « marque » que l’on apposa sur tous les objets inspirés par elles : des lampes aux tabatières, des pendules aux vêtements, des chapeaux ou boutons, du papier à lettres aux vaisselles de faïence ou de porcelaine… Entre la distribution de masse et le commerce de luxe, l’artisanat et les grandes manufactures, tout était ballon !
La fascination pour l’aventure des frères Montgolfier ne fut pas seulement suscitée par cette première conquête du ciel, la beauté de leurs ballons, leurs couleurs, leurs décorations, leur construction artisanale, qui avant chaque envol réclamait des couturières de plus en plus nombreuses, de plus en plus expertes, firent très vite partie de la fascination et de la légende. Cela explique sans doute l’association immédiate entre les montgolfières, la quête du beau, la création d’objets usuels, décorés, inspirés par elles.

La marque